Les États-Unis enregistrent des importations record de cuivre sur fond de spéculations sur des droits de douane sous Trump
Résumé du marché par IA
Une forte hausse des importations américaines de cuivre est alimentée par l'arbitrage COMEX–LME et par la spéculation autour d'éventuels droits de douane sur le cuivre raffiné, attirant les stocks visibles vers les États-Unis et resserrant la disponibilité ailleurs. Des perturbations liées aux conditions météorologiques au Chili ajoutent un risque d'offre à court terme, renforçant un contexte structurellement plus tendu face à la hausse de la demande liée à l'électrification et à l'IA. Le principal catalyseur est la clarté de la politique quant à savoir si les droits de douane s'étendent au cuivre brut, ce qui pourrait rapidement modifier les flux commerciaux.
Niveau d'impact
● Élevé
Actifs concernés
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Les prix du cuivre aux États-Unis restent durablement au-dessus de ceux de Londres. En juillet, l'écart moyen a dépassé 350 dollars par tonne, un niveau suffisant pour attirer des volumes vers le marché américain. Les opérateurs se positionnent en amont d'une éventuelle décision du président Trump d'instaurer des droits de douane sur le cuivre raffiné.
Les États-Unis connaissent leur plus forte vague d'importations de cuivre depuis au moins 12 ans. Selon des données d'expédition, plus de 200'000 tonnes métriques ont été importées en juillet, un record mensuel depuis le début du suivi d'IHS Markit en 2014, les traders cherchant à faire entrer rapidement du métal avant l'annonce attendue sur les droits de douane.
Les stocks américains continuent aussi de gonfler. Vendredi dernier, les inventaires cumulés au Commodity Exchange (COMEX) et au London Metal Exchange (LME) ont dépassé 740'000 tonnes métriques. Les chiffres du LME indiquent également qu'environ 110'000 tonnes métriques sont désormais stockées dans des entrepôts privés situés dans des ports américains.
Cette arrivée massive modifie l'équilibre mondial. L'écart de prix entre les États-Unis et Londres incite les opérateurs à rediriger des cargaisons en provenance d'autres régions, afin de profiter d'opportunités d'arbitrage alimentées par les anticipations de droits de douane.
Sur le plan politique, l'administration Trump n'a pas encore confirmé l'instauration d'un prélèvement sur les importations de cuivre raffiné. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, avait été chargé d'évaluer des mesures sur les importations de cuivre, sans qu'une décision finale n'ait été publiée après l'échéance de fin juin. Le marché attend surtout de savoir si les États-Unis étendront le dispositif existant au cuivre brut importé, au-delà des produits semi-finis et dérivés.
Sur le COMEX, les prix du cuivre se maintiennent depuis longtemps au-dessus de ceux du LME, créant une fenêtre d'arbitrage. En juillet, la prime spot moyenne entre COMEX et LME a dépassé 350 dollars par tonne. Michael Cuoco, responsable des métaux chez StoneX Financial, estime que "l'arbitrage lié aux droits de douane domine actuellement le marché, au point de dépasser la croissance de la demande elle-même". D'après lui, certains opérateurs préfèrent expédier le métal avant toute mise en œuvre, pour sécuriser des gains potentiels.
Les stocks officiels de cuivre au COMEX ont déjà progressé de plus de 40% depuis le début de l'année, à un record. Des estimations de marché avancent que les stocks totaux aux États-Unis pourraient désormais dépasser 1 million de tonnes métriques.
Cette stratégie de stockage s'inscrit dans l'importance croissante du cuivre comme ressource stratégique, portée par l'essor des centres de données dédiés à l'IA, le renforcement des réseaux électriques, la montée en puissance des véhicules électriques et les besoins de l'industrie de défense.
Le stockage américain pèse sur les disponibilités ailleurs. Environ 64% des stocks mondiaux visibles seraient désormais concentrés aux États-Unis, tandis que les inventaires sur les bourses à terme de Londres et de Shanghai restent sous leurs moyennes sur cinq ans, signalant des tensions sur le marché au comptant.
Dans le même temps, le Chili, premier producteur mondial, a subi des épisodes météo extrêmes ayant perturbé la production de plusieurs grands acteurs. La semaine dernière, de fortes chutes de neige, des inondations soudaines et des vents violents ont touché plusieurs pays d'Amérique du Sud, faisant 13 morts et affectant notamment Anglo American, Antofagasta, Lundin Mining et Codelco. La mine Los Pelambres d'Antofagasta a suspendu l'extraction et le traitement. La mine Caserones de Lundin Mining, dont les infrastructures électriques ont été endommagées, devrait mettre deux à trois semaines à redémarrer.
Le Chili représente environ un cinquième de la production mondiale de cuivre. Une perturbation prolongée de l'offre pourrait accentuer la hausse des prix. Pour Ewa Manthey, stratégiste matières premières chez ING, ces événements ne changent pas forcément la donne à eux seuls, mais rappellent le problème central du marché: la croissance de l'offre ne suit pas celle de la demande. George Cheveley, gérant spécialisé dans les ressources naturelles chez Ninety One Asset Management, souligne que l'impact météo est généralement de court terme et que le marché se focalise sur l'orientation de la politique tarifaire américaine. Natalie Scott-Gray, senior strategist sur la demande de métaux chez StoneX, ajoute que l'incertitude autour des droits de douane au titre de la Section 232, combinée à la baisse de la production minière, resserre le marché mondial.
Les cours du cuivre se sont inscrits en hausse ces dernières années et ont touché un sommet historique en juin à 6,70 dollars la livre, soit plus de 13'600 dollars la tonne. Les analystes estiment qu'une taxation du cuivre brut pourrait déclencher une nouvelle course aux expéditions; à l'inverse, l'abandon du projet risquerait de remettre sur le marché mondial les volumes accumulés.
Duncan Wanblad, directeur général d'Anglo American, indique que le groupe recentre ses activités autour du cuivre et se dit très confiant sur la demande à long terme, soutenue par la transition énergétique, le développement des infrastructures d'IA et l'électrification. StoneX juge plausible de nouveaux sommets cette année si les positions spéculatives à l'achat augmentent sur les grandes places. Le principal point d'incertitude reste la manière dont l'administration Trump tranchera sur la politique de droits de douane sur le cuivre.